Syndrome d'Alzheimer ?

"Et si la maladie d'Alzheimer n'existait pas?" 

Alzheimer est la maladie neurodégénérative du siècle. Mais n’a-t-on pas tendance à confondre cette pathologie précise avec les troubles du vieillissement cérébral.

Pour Martial Van der Linden, professeur de psychopathologie et de neuropsychologie clinique à l’université de Liège, qui a traduit en français le livre de Peter Whitehouse ( Le Mythe de la maladie d’Alzheimer), ce que les médecins d’aujourd’hui appellent maladie d’Alzheimer n’est pas la pathologie déterminée par Aloïs Alzheimer qui en fit la première description en 1906.

D’abord, les troubles de la mémoire n’étaient pas au centre des premières descriptions de la maladie. Ensuite, on considère aujourd’hui que cette pathologie peut affecter aussi bien des individus jeunes, c’est-à-dire âgés de moins de 65 ans, que des personnes plus âgées, voire très âgées, de plus de 85 ans. Cette deuxième catégorie représentant même la majorité des sujets diagnostiqués. Or, cette acception étendue de la maladie ne correspond pas du tout aux cas décrits par Aloïs Alzheimer: ceux-ci appartenaient tous à la catégorie des individus jeunes. Dans les années 1960, des scientifiques anglo-saxons décident de réunir les deux pathologies – maladie d’Alzheimer présénile et démence sénile – en raison de la similitude des lésions cérébrales provoquées. Désormais, on parle d’Alzheimer à début précoce et à début tardif.

Mais selon certains spécialistes, c’est à tort que l’on a intégré la démence sénile à l’Alzheimer car leur tableau clinique n’était pas du tout le même. Et pour d’autres, à l’instar de Peter Whitehouse, il est difficile, sinon impossible, de séparer le processus que l’on appelle aujourd’hui maladie d’Alzheimer du vieillissement cérébral.

Les neurobiologistes l’admettent volontiers: les malades jeunes et âgés ne présentent pas du tout le même tableau pathologique et clinique. Chez les patients les plus jeunes, les troubles du langage, de la réalisation des gestes et de la reconnaissance des objets et des visages sont caractéristiques. Chez les plus âgés en revanche, ce sont les troubles de mémoire qui prédominent. Or comment les attribuer à coup sûr à une maladie d’Alzheimer et pas à d’autres pathologies du vieillissement ?

Des différences entre jeunes et aînés

De fait, comme le reste du corps, le cerveau vieillit et peut donc présenter plusieurs pathologies associées. Et le flou qui entoure le concept de maladie d’Alzheimer se retrouve au niveau du diagnostic. En 2000, une étude américaine menée par le neuropsychologue Oscar Lopez évaluait à 30 ? % les erreurs de diagnostic engendrées par les critères diagnostiques internationaux. En appliquant ces critères, on inclut beaucoup de gens qui n’ont pas la maladie d’Alzheimer, mais une autre forme de démence. Mais au fait, de quels critères s’agit-il exactement ? Ils sont essentiellement cliniques, car les lésions cérébrales caractéristiques de la maladie, à savoir les plaques amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires, ne sont visibles qu’à l’autopsie du sujet - même si, dans les laboratoires, l’imagerie médicale fait des progrès -, ce qui complique évidemment le diagnostic…

Et le problème, c’est que les incertitudes autour des définitions cliniques et neuropathologiques de la maladie se retrouvent logiquement dans la recherche de ses causes. Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer la survenue de la maladie. Mais l’une a pris le pas sur les autres, au point de concentrer l’essentiel des efforts de la recherche pharmaceutique. Il s’agit de l’hypothèse amyloïde. Selon celle-ci, en fonction de facteurs environnementaux et d’une susceptibilité génétique particulière, certains fragments de protéines, les peptides bêta-amyloïdes, s’accumuleraient dans le cerveau, d’abord sous forme de complexes solubles, puis sous forme de dépôts insolubles, les plaques amyloïdes. Lesquelles favoriseraient alors un processus naturel du vieillissement, les dégénérescences neurofibrillaires, qui conduiraient in fine à la mort des neurones. L’industrie pharmaceutique a investi des sommes énormes afin de trouver des médicaments empêchant le dépôt de ces plaques amyloïdes. Elle n’est donc pas prête d’abandonner cette hypothèse. Or, en cherchant à empêcher ce dépôt, on n’est même pas sûr d’améliorer les signes cliniques ! En effet, plusieurs études ont suggéré récemment que les plaques amyloïdes auraient en fait une fonction protectrice en stockant sous forme inerte les véritables fautifs que seraient les oligomères bêta-amyloïdes.

Finalement, ne devrait-on pas plutôt parler de syndrome d’Alzheimer ? Ainsi, il n’existerait pas une, mais plusieurs maladies d’Alzheimer, de la même façon qu’il n’existe pas un cancer, mais de nombreuses formes de cancers. Espérons que pour le mettre en évidence et développer des outils thérapeutiques en conséquence, les neurobiologistes seront plus rapides que les cancérologues.

 

M.-Catherine Mérat

Publié le 12/12/2010

http://www.lejsl.com/fr/magazines/loisirs/article/4298737/Et-si-Alzheimer-n-existait-pas.html

 
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